Pourquoi les joints lâchent avant la brique
Une brique picarde bien cuite traverse deux siècles. Le joint, lui, est fait pour être sacrifié : il absorbe les mouvements du mur et l'eau de pluie, et il s'use à la place de la brique. Sur les maisons de la reconstruction d'Abbeville comme sur les fermes du Vimeu, c'est presque toujours le joint qui lâche en premier, creusé par le gel, lessivé par les pluies d'ouest.
Le signe qui ne trompe pas : passez l'ongle dans un joint exposé au vent. S'il s'effrite en sable, il ne protège plus rien. L'eau entre, gèle, fait éclater la brique. À ce stade, chaque hiver coûte des briques.
Le mortier qui abîme les façades
Le pire ennemi d'une façade ancienne est un joint trop dur. Un mortier de ciment pur, posé sur une brique tendre, ne bouge pas quand le mur bouge : la brique casse autour de lui. On le voit sur des maisons rejointoyées dans les années 1970 avec du ciment gris : les joints sont intacts, les briques sont éclatées.
Pour une brique ancienne, le joint doit être un peu plus tendre qu'elle. Chaux et sable, ou mortier bâtard, selon la brique. Nous testons la dureté de la brique avant de choisir.
Dégarnir sans blesser
Le dégarnissage est l'étape qui fait la différence. À la meuleuse, vite fait, on entaille les arêtes des briques et le résultat se voit dix ans. Nous dégarnissons à la profondeur nécessaire, avec un outil adapté à la largeur du joint, et à la main dans les angles et autour des ouvertures.
La profondeur compte : un joint refait sur cinq millimètres tombe en deux hivers. Il faut creuser jusqu'au mortier sain, généralement deux à trois centimètres.
Le joint lui-même
Beurré, lissé, brossé, creux, à fleur : le type de joint change l'allure de la façade et sa tenue à l'eau. Sur le bâti picard, le joint légèrement en retrait et brossé est le plus fréquent ; sur les maisons de ville plus bourgeoises, un joint tiré au fer. Nous respectons ce qui existe, sauf demande contraire.
La teinte se choisit sur un échantillon sec : un mortier frais est toujours plus foncé que ce qu'il deviendra.
Les briques à remplacer
Une façade à rejointoyer a presque toujours quelques briques gélives, éclatées en feuillets. Nous les remplaçons par des briques de récupération de même format et de même teinte, choisies sur place. Une brique neuve trop régulière se voit à vingt mètres.
Après le rejointoiement
Un joint neuf a besoin de quelques semaines pour faire sa prise. Nous protégeons la façade du soleil direct et de la pluie battante pendant les premiers jours. Un hydrofuge peut être posé ensuite sur une façade très exposée, mais jamais avant que le mortier ait fini de sécher.
Pour le reste, une façade rejointoyée dans les règles ne demande rien pendant trente ans.
Écrit par Teddy Dumenil, TED Services, Tilloy-Floriville. Aucun prix ni délai contractuel dans nos articles : chaque chantier se chiffre après visite.


